300 000 conducteurs sans permis?

Publié le par Alexjl

L'estimation du nombre de conducteurs sans permis.

Tenez-vous bien, le ministère de l'intérieur n'a jamais su réellement combien de conducteurs circulaient sur les routes sans permis de conduire. On a souvent entendu parler de "millions" de conducteurs conduisant sans le précieux sésame, mais jamais aucune étude n'avait permis jusqu'à maintenant d'en donner une estimation, et donc de poser réellement le problème.

Aujourd'hui, c'est chose faite, et c'est l'Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière (ONISR) qui a pu déterminer avec plus d'exactitude le volume de cette population. Il s'avère que sans être des millions, les conducteurs sans permis sont nombreux et surtout leur nombre augmente fortement. A la fin de l'année 2007, ils étaient 300 000, mais en 2006, ils étaient 80 000 en 2006, et en 2005, ils étaient  "seulement" 72 000.



La limite de cette étude.

L'ONISR s'est basé sur les accidents routiers et sur leurs auteurs pour faire cette estimation de conducteurs sans permis, à l'échelle de la France. Mais cette méthode d'estimation a le mérite de soulever plusieurs questions, pour un public averti. En effet, cette étude est biaisée de facto, car il est légitime de penser qu'un accident est entraîné par un comportement à risque. Il est clair que les facteurs tels que la conduite sans permis (soit suite à un retrait de permis, soit par l'absence d'obtention du titre), la conduite sous emprise d'alcool ou de drogues, ou bien la conduite de deux-roues, sont des facteurs augmentant sensiblement le risque d'accident.

Pourquoi alors ne pas prendre une population neutre, en prenant comme base d'étude, les contrôles routiniers des forces de l'ordre? Comment généraliser les résultats de cette estimation, basée sur une population à risque, à une population entière? En effet, les conducteurs sans permis n'ont pas toujours des accidents...

La conclusion qui s'impose est que l'idée de faire une étude pour estimer la population des "sans permis" est bonne, mais que la méthode qui a été mise en oeuvre dans ce but est mauvaise car totalement subjective.


La population des conducteurs sans permis.

La population des conducteurs sans permis est composée à 75%, de personnes n'ayant jamais passé le permis de conduire, et à 25%, de personnes n'ayant plus de permis suite à des retraits de points.

La population de ceux qui n'ont jamais passés le permis est composée de jeunes et de personnes âgées. Les jeunes invoquent le coût élevé du permis de conduire, alors que les personnes âgées sont en général toujours passées à travers les mailles du filet des forces de l'ordre. Aucune raison sensée ne peut justifier de conduire sans permis et rien n'est couvert par les assurances en cas d'accident. 

La population de ceux qui ont perdu leurs permis est "victime" d'un système de contrôle de plus en plus systématique et l'évolution du nombre de points retirés en France et par an peut aisément en témoigner : 21 000 permis ont été retirés en 2003, ... et 89 000 en 2007!

Cette population de personnes ayant perdu leurs permis est constituée de 3 catégories:
- ceux qui obéissent à la règle : pas de permis, pas de conduite ;
- ceux qui continuent volontairement à conduire sachant que ce droit leurs a été retiré, mais soit ils ne peuvent se passer de conduire, soit c'est pour eux un moyen de montrer leur désaccord avec "cette répression" ;
- ceux qui continuent de conduire... car ils ne savent pas qu'ils n'ont plus de permis!

On ne peut que souligner ici l'attitude irresponsable de ceux qui continuent à conduire volontairement sans en avoir le droit, mais que dire de ceux qui n'en savent rien? Que dire des méthodes et des moyens que met en oeuvre le ministère de l'intérieur pour informer les gens de leurs pertes de points?


Des méthodes inadaptées et des moyens insuffisants.

En effet, chaque conducteur est censé se rendre sur le site internet du ministère de l'intérieur pour vérifier fréquement le nombre de points restant sur son permis de conduire : le ministère ne prend en effet la peine d'aller vers les conducteurs que dans 2 situations : soit il ne leurs reste qu'un capital de 6 points, soit leurs permis leurs ont été retirés... encore faut-il avoir les adresses postales des conducteurs et être sûr qu'un simple courrier dissuadera les conducteurs ayant perdu leurs permis de reprendre la voiture!


Des sanctions toujours plus dures.

Le but du gouvernement est de réduire la population des conducteurs sans permis, autant que cela est possible, et donc de dissuader les automobilistes de rouler sans permis. Aujourd'hui, il a été décidé que les personnes prises sur le fait encoureront des amendes élevées, des peines de prison, et la confisquation de leurs véhicules.
 

Les questions que cette étude aura fait naître.

La première question est de savoir pourquoi une population d'accidentés a été préférée à une population de conducteurs neutre, pour servir de base à ce genre d'estimation. Du coup, peut-on faire confiance en cette estimation?

La deuxième question est de savoir pourquoi le gouvernement n'actionne t-il que le levier des sanctions pour sensibiliser les conducteurs, alors que le levier des moyens mis à la disposition des forces de l'ordre paraît aussi intéressant. Pourquoi ne pas mieux informer les gens sur leur capital points, mais aussi sur les risques à conduire sans permis? Pourquoi ne pas faciliter les récupérations de points?
 
La troisième et dernière question, est de savoir comment le gouvernement compte lutter contre les traffics de points? Il est en effet de notoriété publique, que les maisons de retraite, voire même les cimetières, sont les endroits en France, où l'on retire le plus de points aux conducteurs, vivants... et morts depuis des années, mais toujours pas retirés des fichiers de police! Cela implique peut-être de repenser un système où les forces de l'ordre n'ont plus qu'un but, retirer des points, sans savoir vraiment si ces retraits de points touchent les réels responsables des infractions. Ces traffics disparaîtront sans doute, lorsque le ministère de l'intérieur cessera de faire appel à la dénonciation...


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